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Université des Hauts de Garonne : le projet

Publié le mercredi 18 novembre 2009


 

Ce mouvement a eu beaucoup à souffrir des deux conflits européens et des évolutions sociales, notamment l’affaiblissement de la conscience de classe chez les ouvriers, agriculteurs et employés.

Le contexte de ce début de XXIème siècle me semble particulièrement tendu au plan socio¬-politique et donc nécessiter de rénover la démarche de formation des classes laborieuses, dans un contexte de société à deux vitesses, de paupérisation massive, d’exclusion et de rigidité du système d’éducation de notre pays, qui offre peu de secondes chances ou alors dans des dispositifs encadré par l’armée.

La dilution de la conscience de classe est liée à la fin de l’ère industrielle, à la baisse des effectifs proprement ouvriers (remplacés par des techniciens) ou à leur remplacement par des populations immigrées marginalisée par la langue et la culture dominante. Le « middle-class way of life » se répand année après année. Il détruit la conscience d’appartenir au prolétariat, dont la définition marxiste reste pourtant toujours actuelle : dans un pays où le salariat représente plus de 80% des emplois, le prolétariat est partout, jusque dans les classes supérieures de cadres et dirigeants d’entreprises.

L’exclusion sociale est malheureusement un fait patent , reconnu par la loi. Avec la précarisation, elle touche près d’un Français sur cinq ! Cette exclusion sociale est aussi une exclusion culturelle et intellectuelle. La mort de la culture populaire dans les années 1970 a laissé le champ libre à une culture du divertissement télévisuel qui est à la fois un analgésique et un somnifère, proposant les programmes éducatifs la nuit et l’abrutissement en prime-time. Livré à eux-mêmes les exclus s’enfoncent doucement dans l’autisme et l’incompréhension du monde qui les entoure. Ceci ouvre la voie à tous les populismes et explique la montée en puissance du Front National, premier parti ouvrier de France au plan électoral.

La rigidité et l’étroitesse d’esprit du système éducatif public français doivent aussi être soulignées, malgré la qualité de ses enseignants. Avant tout système de formatage des individus en vue de les rendre employables et dirigeables par l’Etat et les entreprises, l’école a cessé d’être un ascenseur social et de transmettre de manière positive les valeurs de la Républiques. Elle a cessé de développer l’esprit critique des élèves puisqu’il est rappelé aux enseignants qu’il leur faut seulement appliquer les instructions (voir les propos de divers ministres des dernières années de Claude Allègre à Monseigneur de Robien ou Darcos). Elle ne sait pas, sauf contexte particulier très limité, comme la ZEP à Lormont par exemple dans certains moments, s’adapter aux divers publics, valoriser les compétences diverses et optimiser les talents. Chaque année 130 à 150 000 jeunes quittent le « système » sans diplôme ou qualification, ce qui alimente l’exclusion. De fait l’école ne remplit plus que lacunairement sa fonction intégratrice et émancipatrice.

La seconde chance n’existe pas vraiment  : la formation continue est aléatoire, les dispositifs récents confient aux militaires la tenue de « l’école de la seconde chance », qui s’avère évidemment un échec, car on voit mal comment des professionnels de la guerre( c’est le métier des militaires rappelons-le !) pourraient être compétents dans l’éveil et l’éducation de gens déjà brisés par un système très rigide, celui de l’école.

Les cours accessibles aux adultes sont soit payants et délivrés par des officines à seul but lucratif, soit réservés aux salariés dans le cadre de leur emploi et carrière, soit accessibles, dans les universités ou GRETA avec des conditions de diplôme qui écartent les plus pauvres ou les sans-diplômes, ceux que j’appelle, sans angélisme mais sans a¬ priori non plus, les « cabossés de l’existence ». Il faut souvent attendre la retraite pour pouvoir se cultiver ou simplement apprendre ce qu’on n’avait pas pu ou su apprendre avant !

Ces caractères généraux sont assez unanimement reconnus par les observateurs compétents de la société française. Il convient, évidemment de ne pas s’en tenir à ce constat et de verser alors dans le « déclinisme » actuel, qui n’est que de l’hypocrisie de bourgeois ex-gauchistes. Comment faire pour remédier, à une échelle citoyenne et solidariste, à cette situation sans tout attendre de l’Etat ?

C’est là que je crois à l’actualité de l’université populaire comme un des jalons pour la reconquête d’une culture populaire et prolétarienne. Ce n’est pas la panacée, ni le remède complet, mais une des composantes qui peut amorcer la pompe. Voyons quelques arguments en faveur de cette initiative.

• D’abord l a liberté pédagogique qu’offre une telle structure. Alors que le système étatique devient de plus en plus directif, normatif et sans ambition, l’enseignement donné dans le cadre d’une université populaire est libre de toute contrainte pédagogique.

La gratuité de l’enseignement est essentielle . Cette structure est un outil d’éducation populaire. Il est soit fondé sur le bénévolat des intervenants, soit sur le subventionnement des cours. • La possibilité d’un brassage culturel qui fait sauter les catégories scolastiques : Il ne doit pas y avoir d’académisme dans ce cadre. La seule règle est l’exigence de qualité du savoir transmis.

La modularité des structures . On peut commencer par des débuts modestes, avec une toute petite équipe. En cas d’insuccès cela ne porte pas à conséquences. L’ensemble peut monter en puissance au fur et à mesure de la demande. Il existe des formats très divers allant de l’atelier avec quelques participants jusqu’aux cours d’amphi pour quatre ou cinq cents personnes.

La possibilité de diffusion par les moyens modernes des TIC . Les conférences, ateliers ou autres activités peuvent circuler sur Internet, en DVD, cassettes audio ou MP3. la diffusion peut d’ailleurs être un moyen de rentabiliser un peu l’action.

L’ouverture à tous les publics . Aucune condition d’accès autre que le respect des lieux et intervenants. Pas de diplôme au bout, pas d’évaluations. Cette ouverture peut d’ailleurs inciter des gens à renouer avec la formation, après avoir repris goût à l’étude.

Il serait possible de multiplier les arguments en faveur de ce système. Je ne crois pas nécessaire d’en rajouter.

Pourquoi vouloir installer cette Université Populaire à Lormont ou sur les Hauts de Garonne ?

Pour des raisons d’abord strictement personnelles , je suis de cette rive prolétarienne, Cenonnais de jeunesse et Lormontais par mon travail durant près de 20 ans. Il y a un enracinement important.

Pour des raisons de logique sociale une université populaire s’adresse au peuple, à la plus grande partie des couches qui ne sont pas privilégiées et n’ont pu aller au lycée ou à l’université. Le peuple populaire est sur la rive droite, pas à Caudéran ou Pessac, du moins pas du tout dans les mêmes proportions.

Pour des raisons politiques  : cette rive droite est celle qui est restée ancrée dans la tradition de gauche, socialiste, communiste, trotskiste ou autre. Les universités populaires sont des créations progressistes et émancipatrices liées à la tradition militante de gauche.

Pour des raisons de logistique  : il existe de nombreux locaux qui pourraient servir à accueillir cette université qui peut éclater en des lieux très divers, à l’image du festival des Hauts de Garonne. Le tramway permettrait aussi aux Bordelais de venir sans les pénaliser, et pour une fois, ils viendraient apprendre quelque chose sur cette rive mésestimée par eux.

Enfin pour des raisons d’image  : il est plus que temps de casser par tous les moyens l’image des « banlieues » ou des « quartiers » où l’on deale, brûle des voitures, vit de l’aide sociale et du trafic. Ces lieux sont aussi, avant tout et surtout ceux de l’invention au quotidien, de la dignité populaire face à l’exclusion, de la solidarité associative etc...

Des principes de base non négociables.

Une ouverture d’esprit totale qui soit réellement laïque et non laïcarde : il faut parler de tout, y compris des courants d’idées qui dérangent, des religions qui interpellent, des évènements volontairement passés sous silence par les médias... Aucun sujet ne doit être interdit sauf ce qui peut être attentatoire à la dignité humaine et à la liberté.

Une indépendance partisane complète . Faire cela sur la rive droite, en reprenant un concept de gauche ne fait pas de nous des laquais d’un quelconque parti, y compris celui qui dirige les communes de ce secteur. La sensibilité des intervenants est une chose, l’indépendance de la structure en est une autre. Les intervenants sont responsables de leurs positions et de leurs cours, mais la structure ne les cautionne nullement par nature.

Une liberté de choix complète des intervenants et des thèmes traités . Ceux-ci devront bien sûr rencontrer les attentes des auditeurs potentiels. Il est souhaitable que des convergences existent entre diverses institutions culturelles ; mais elles seront toujours volontaires et jamais imposées.

Des propositions initiales modestes

• Une telle tâche ne saurait démarrer en trombe. Il faut débuter avec une équipe réduite et des objectifs réalisables sans grands moyens humains et matériels. Les deux premières années seraient avant tout consacrées à enraciner le projet dans la réalité culturelle de la rive droite et à le faire connaître, grâce à la collaboration des municipalités et de tous les relais possibles. Un cycle de conférences et d’ateliers unique serait programmé la première année. En cas de succès, il serait reconduit sur un autre thème l’année suivante et enrichi d’un second cursus et d’autres formes d’intervention que les ateliers (forum, mini-festival, exposition...)

• En partant de ce que je connais le mieux, les débuts porteraient sur les sciences humaines : géographie, histoire, sociologie, histoire de l’art... Il devrait être possible de réunir assez aisément une équipe d’enseignants et d’intervenants de qualité pour un premier cycle.

• Je propose, pour les deux premières années de choisir comme titre et programme : « Savoir le monde pour mieux y vivre ensemble », ce qui résume les deux ambitions initiales, transmettre un savoir et agir au côté des citoyens pour une prise en charge de leurs destin autour de valeurs rassembleuses.

• Le démarrage de cette université populaire pourrait avoir lieu à la rentrée 2009, si les choses avancent bien. La période de cours s’étalerait d’octobre à juin.

• Les cours devraient tous être enregistrés et filmés. Il conviendrait de s’assurer la collaboration de 02 radio et de Radio France si possible, pour que ces médias nous servent de caisse de résonnance. Un partenariat avec TV7 serait également souhaitable.

Voici présenté en quelques rubriques le projet qui me tient à coeur. Je voudrais y ajouter quelques propositions de cours à titre d’exemple.

• Série de cours sur la mondialisation : analyse d’exemples concrets, angles de vue divers, étude du processus dans l’histoire, démythification du concept, forces et faiblesses de la mondialisation, comment lutter contre ses dérives...

• Série de cours sur l’histoire des idées : les sources du socialisme en France et dans le monde, naissance de l’écologisme, fascismes et extrême-droite, Libéralisme et capitalisme, l’autogestion...

• Série de cours sur le développement durable, les risques climatiques, les pollutions, l’imminence de la crise énergétique...

• Initiation à la sociologie : les fondements de la pensée sociologique, les différents types de démarches, sociologie et société...

• Série de cours et conférence sur la musique moderne : le jazz, le rock, les musiques du monde…

Jean-Michel Dauriac




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