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Elisées Reclus et Jacques Ellul : penser le monde pour le changer

Publié le vendredi 15 septembre 2006

Propos liminaire : Reclus géographe se disait d’abord anarchiste « je suis géographe, mais avant tout je suis anarchiste »  ; donc dimension capitale sans laquelle on ne saurait comprendre son Å“uvre, surtout finale ; Complexité du personnage et de sa production. Comparable à celle de Jacques Ellul, juriste professionnel mais qui se définissait d’abord comme un chrétien de sensibilité anarchiste. Occulter cela, comme le font les nouveaux exégètes d’Ellul (Porquet, Chastenet et alii..) c’est aussi se priver d ‘une clé de compréhension de l’oeuvre, bien que l’auteur ait affirmé que les deux versants de sa production étaient indépendants.

Introduction :

· Opposition Classique doxa/praxis, on découpe les hommes en tranches hermétiques et leurs idées aussi ; la doctrine est d’un côté et la pratique de l’autre ; certains sont des doctrinaires (Marx, Platon, Kant), d’autres des pragmatiques (Hitler, Mussolini, Staline), les uns sont purs les autres impurs ; entre les deux certains tentent de manger aux deux râteliers, comme Mao Zedong ou Lénine. Reclus et Ellul interpellent par l’intime mélange des deux aspects.

· Des hommes engagés, qui tentent de définir la théorie en action à échelle d’homme ordinaire, dans le concret de la vraie vie. Pas du tout des gourous, car non dogmatiques et se défiant du pouvoir ; des esprits ouverts toujours enquête de dialogue.

· Des penseurs marginaux par rapport aux systèmes dominants de leur époque : Reclus se positionnant dans l’anarchisme dès le début, puis avec l’étiquette de « Communard », dans une monde dominé par l’émergence forcenée du capitalisme, de la finance et du socialisme prix en mains par les marxistes qui en ont exclu les anarchistes. Ellul devenant un spécialiste de la technique, alors qu’il est professeur de droit, protestant au double sens du terme dans un occident catholicisé dans les moindres replis de sa culture, mais aussi Ellul anarchiste sans maître au milieu des enfants de Dieu hugunots.

· Des Å“uvres majeures qui restent comme des inselbergs dans le monde érodé du prêt-à-penser :
  « L’homme et la terre », cette fresque prométhéenne, qui est tout à la fois une Å“uvre géographique, un manifeste de confiance en l’homme et une prophétie écologique, le tout empreint de l’idéal anarchiste ; mais aussi tous ces écrits plus modestes que Reclus a publié dans la presse anarchiste et qui disent le permanent travail de pédagogie, de transmission et d’information.

  La « Trilogie technique » d’Ellul (« la technique ou l’enjeu du siècle », « le système technicien » et « le bluff technologique »), Å“uvre fondatrice sur l’analyse technique, dépassant de beaucoup Heidegger en ce domaine précis, véritable « bible » de l’homme libre du XXème siècle qui veut comprendre comment le rester ; mais aussi ces livres qui refont surface aujourd’hui, comme « Anarchisme et christianisme », l’ouvrage le plus pertinent et le plus pointu sur la question, ou « Sans feu ni lieu », une analyse de la grande ville au regard de la bible et qui devrait être lu par tous les étudiants en urbanisme ou géographie urbaine, au moins pour alimenter le débat.

· Les thèmes que nous aborderons de manière extrêmement rapide (certains diront sans doute superficielle) :
  L’importance de la « conversion » initiale pour nos deux penseurs
  L’individu comme pierre de touche de leur pensée et l’absence de dogmatisme qui en est le corollaire logique
  Des visions du monde très différentes qui peuvent s’avérer complémentaires
  Une érudition réelle mais modeste
  Une action à hauteur d’homme
  Un héritage, des héritiers, une démarche pour géographes, sociologues, militants politiques ou citoyens

I / La « conversion initiale »

· La notion : une conversion est un changement radical de direction personnelle dans sa vie ; la conversion ne peut être qu’individuelle car elle est un engagement.

· Le cas de Reclus : du protestantisme calviniste à l’athéisme revendiqué, mais marqué par une rigueur huguenote « Le type du vrai puritain dans sa manière de vivre et, au point de vue intellectuel, le type du philosophe encyclopédiste français du XVIIIème siècle », propos de Pierre Kropotkine, cité par H. Sarrazin, page 163 ; voir référence ci-après et en bibliographie

· Le cas d’Ellul : une rencontre qui enfante le parpaillot libertaire pour la vie

II/ "Individualisme" et déni de l’Etat

· Pour les deux penseurs l’individu est au centre de l’humanité : féministe, fédéralisme,anti-électoralisme, salut personnel et responsabilité individuelle, leurs doxa et praxis sont occidentales en ce qu’elles mettent l’individu au centre de la pensée ; sont-elles universelles ? c’est une question d’actualité dans un contexte mondial vendu comme « choc de civilisations »...

· L’Etat est le plus grand ennemi de ces deux hommes. Tous deux sont profondément anti-autoritaires, rétifs à tous les pouvoirs sauf ceux qu’ils ont librement choisis (la Commune par exemple pour Reclus ou Dieu pour Ellul). Le modèle politique de nos deux penseurs est le fédéralisme de base, le groupe volontaire à taille humaine, uni par des valeurs communes (la « morale anarchiste » théorisée par Pierre Kropotkine ou le personnalisme chrétien de Charbonneau/Ellul)

P.-S.

Le texte intégral différent de cette communication devrait être publié dans les actes du colloque, à paraître dans des délais variables. Nous ajouterons les références dès que nous les aurons, car le contenu s’est avéré fort riche.



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