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Elisées Reclus et Jacques Ellul : penser le monde pour le changer

Publié le vendredi 15 septembre 2006

On sépare habituellement dans l’analyse intellectuelle le domaine pratique du domaine des idées, usant pour cela de deux notions philosophiques, la doxa et la praxis. L’une se trouve souvent en conflit avec l’autre, notamment au sein de la sphère socio-politique où les grandes idées et grands systèmes sont rarement compatibles avec le creuset de la pratique. Nous pouvons ici penser au communisme (pour prendre le terme le plus basique) et à son application de terrain : la Chine, Cuba ou l’URSS offrent des cas de disjonction totale entre doxa et praxis. L’Histoire offre assez peu de grands exemples de cohérence, et il faut souvent les chercher dans le domaine du religieux ou du mystique plus que dans celui du politique : le Christ ou le Bouddha, d’après les textes que nous avons, seraient de ces exemples-exceptions. Bien entendu, je crois que l’histoire humaine, au sens où nous y engloberions l’ensemble des destins humains, en comprend beaucoup plus, mais de manière anonyme, les inconnus et sans-grades étant plus aptes à réaliser l’union doxa-praxis, puisque le pouvoir est sans aucun doute une des causes majeures de cette désunion.

A partir de la personnalité d’Elisée Reclus, il est tout à fait possible de se livrer à une analyse sur les rapports de l’action et de la pensée, puisque ce qui le caractérise est justement cette « marche sur deux jambes ». Mais, il m’est apparu intéressant de rapprocher notre géographe d’un autre penseur girondin, né dans le siècle suivant, Jacques Ellul. Le rapprochement peut paraître indu à quiconque ne connaît pas assez précisément ces deux penseurs. En se penchant attentivement sur leur vie et leur oeuvre, étroitement associées pour chacun d’eux, nous découvrons des similitudes et des oppositions extrêmement nettes, qui les constituent en couple de référence original à plusieurs niveaux. Notre propos, rapide compte tenu du temps imparti, ne sera pas celui d’un spécialiste décortiquant une œuvre ou l’autre mais se livrera à une approche comparative globale des deux personnalités, de leurs vies, de leurs actions et de leur héritage pour les générations actuelles. Seront ainsi balayés à grands traits les éléments biographiques nécessaires, les croyances fondamentales, les visions du monde, les engagements pratiques et leurs modalités concrètes, la réception de ces œuvres et vies et ce que nous en avons reçu et que nous pouvons faire fructifier. Nous nous appuierons essentiellement sur l’oeuvre terminale d’Elisée Reclus, « l’Homme et la Terre », alors que pour Jacques Ellul, la trilogie sur la technique et quelques œuvres complémentaires seront notre corpus de référence. Les écrits politiques des deux auteurs seront aussi pris en compte, avec, pour Ellul, l’oeuvre théologique importante.

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Deux « conversions » symétriques qui engagent la vie de leurs acteurs.

Le choix du mot « conversion » est volontaire ici, il s’agit d’un terme religieux, qui signifie étymologiquement « accomplir un changement radical de direction, faire demi-tour ». Car le premier point commun qui lie, à ma vue de manière essentielle, les deux hommes est le protestantisme. Certes de manière opposée, mais tout aussi importante pour l’un que pour l’autre. Résumé rapide : E. Reclus nait en 1830 dans la famille d’un pasteur protestant exerçant à Sainte-Foy la Grande (un nom qui est tout un programme) au confins nord-ouest de la Gironde. Il passe son enfance, son adolescence et sa prime jeunesse dans cet univers particulier du calvinisme et de ses branches françaises ou allemandes ( les Frères Moraves). Il commence ses seules études universitaires à la faculté de théologie protestante de Montauban. Et y approfondit sa passion pour le socialisme, dans un contexte politique agité, la révolution de 1848 et ses suites. Il comprend alors définitivement qu’il ne veut pas être pasteur, pas plus que son frère Elie et décide de prendre du recul par rapport aux croyances familliales qui lui ont été inculquées. En quelques années, il se convertit irrémédiablement à l’athéisme et à la révolution. Ce qu’il ne remettra jamais en cause toute sa vie durant et qu’il paiera cher. Pour Jacques Ellul, le chemin est strictement inverse. Il se convertit dans sa jeunesse et fait ce qu’il appelle une « rencontre » avec Dieu, se faisant alors baptiser et devenant membre de l’Eglise Réformée, à laquelle il restera fidèle toute sa vie, mais avec une liberté de pensée et d’action totale. « Conversion » plus conforme au modèle classique, mais qui s’accompagne d’une réflexion ininterrompue sur l’action. Ellul consacrera environ la moitié de son œuvre, si ce n’est plus, à des écrits de caractère spirituel voire théologique. Reclus écrira aussi de très nombreuses pages sur ses opinions politiques, assurant une synthèse finale géniale avec « l’Homme et la Terre ». Il paraît indéniable que l’éducation calviniste très dure reçue par le jeune Elisée (jusqu’à son prénom biblique) a façonné une personnalité très morale que l’on peut qualifier « d’éthique protestante » dans sa démarche. L’exemple des mariages d’Elisée ne peut qu’interpeller, alors que le socialisme libertaire, et lui-même prônaient l’union libre. Comment ne pas penser qu’il y a là une trace protestante , qui l’amène à avoir une praxis en contradiction avec la doxa anarchiste, mais qui s’avère logique par rapport à son éducation de jeunesse et aux principes qu’il a gardés, tout en les adaptant à son athéisme. Sa très grande rectitude morale manifestée dans de nombreuses circonstances peut aussi trouver dans cette source familiale son origine . Ellul trouve dans le protestantisme un cadre chrétien qui lui convient parfaitement : un Dieu personnel, une absence de clergé hiérarchisé, un milieu intellectuel stimulant et une rectitude morale ferme. Mais, loin de s’en tenir là, dès sa jeunesse, il se sert de cette base spirituelle pour avancer dans le domaine politique et social, sans se trouver en contradiction avec sa foi. Ce sera d’abord le personnalisme de Mounier et la création des groupes « Esprit » en province, où il milite avec Bernard Charbonneau, puis le cheminement personnel aux confins de l’anarchisme (mais avec la limite de l’athéisme, ce qui le rapproche de Tolstoï) et de l’écologisme. Toute son action depuis sa conversion sera en cohérence avec cet engagement, jusqu’à la fin de sa vie. Cette conversion trace la voie des deux hommes. Mais, si elle détermine leur combat, elle ne les coupe pas de la réalité de la vie, elle n’en fait pas, d’un côté un révolutionnaire professionnel et de l’autre un pasteur. Ils vont tous deux se choisir une profession où ils atteindront l’excellence et laisseront des écrits marquants.

Une double lecture du monde

Elisée porte, dans les dictionnaires la double casquette de géographe et d’anarchiste. Cette double vocation obéit à une démarche personnelle qui en dit long sur l’individu. Si Reclus est devenu ce géographe de réputation internationale qui suscite une pétition au gouvernement de Thiers, il ne le doit nullement aux instances académiques. La seule formation de géographe qu’il ait reçue est ce qu’il a suivi comme cours à Berlin, lors de son séjour post-théologique, au moment où il était précepteur en Allemagne. Les biographies mentionnent une année de cours. C’est bien peu pour former un géographe de cette trempe (comparons au cursus de Vidal de La Blache par exemple, avec l’ENS, les deux thèses de l’époque et le séjour à l’école française d’Athènes !). Son métier de géographe, Elisée l’apprend en marchant la Terre, que ce soit en formation initiale, des routes d’Europe à celles d’Amérique, ou tout au long de sa vie. S’il intègre la Société de géographie, c’est sur la production d’articles construits à partir de ses voyages. On peut parler d’autodidacte, mais en se souvenant de l’excellente base que le jeune homme avait acquise dans ses études secondaires. Il faut bien sûr y ajouter les grandes capacités intellectuelles, que son apprentissage des langues traduit assez clairement. Dans un pays diplomocratique comme la France, l’Université ne pouvait ouvrir ses portes à un tel géographe. Il sera donc polygraphe et trouvera seulement en Belgique l’occasion d’enseigner. Mais, parallèlement à cette culture géographique de terrain et de lectures, il acquiert une culture politique tout à fait symptomatique de l’époque. Le XIXème siècle est en effet l’âge d’or des « socialismes utopiques » , marqué par des auteurs comme Fourier ou Proudhon. Ce dernier est sans nul doute la grande influence des frères Reclus. Il faudra plus tard y adjoindre celle de Bakounine et de Kropotkine, tous deux anarchistes russes. Dès l’âge de vingt ans, Elisée Reclus voit le monde en deux dimensions : géographique et libertaire. Jacques Ellul choisit un métier en fonction de ses qualités intellectuelles, elles aussi remarquables. Son choix est rationnel, fondé sur un grand intérêt pour l’histoire du droit et des institutions. Mais devenir Professeur des Universités est surtout pour lui une possibilité de se laisser du temps libre pour se consacrer à la réflexion personnelle et à l’action. Ses études de droit terminées, il accomplira avec un grand sérieux son métier de professeur , mais c’est dans ce domaine précis qu’il produira finalement le moins, et en tout cas l’oeuvre la moins originale, même si son « Histoire des institutions » est un monument inégalé. Dès la fin de la guerre, il se lance dans une production à double lecture (en plus du droit qui pourrait être une troisième grille de déchiffrage) où il fait aussi un travail d’autodidacte pionnier. Le premier versant de cette œuvre découle de son engagement politique précoce, désireux de changer une société dont il a très vite analysé avec acuité les défauts. Cette œuvre, aujourd’hui encore peine à être classée, rétive aux catégories académiques du savoir. Où chercher Ellul dans une grande librairie : en général, il faut avoir recours aux libraires, car il voyage au gré des recompositions internes des rayons. Ainsi à Bordeaux, dans la grande librairie Mollat, il a pérégriné du rayon sociologie, au rayon philosophie en passant par le rayon théologie ou politique. Cette difficulté à être classé lui a d’ailleurs porté tort, tant les intellectuels aiment les petites boîtes. Son œuvre critique porte aussi bien sur la politique française, la sociologie, le langage ou la technique. Autant de domaines où il n’a jamais suivi d’études spécifiques lui donnant le droit officiel de s’en mêler. Le second versant de son œuvre est une somme spirituelle, avec des œuvres à caractère strictement théologique, mais aussi traitant de la morale, de l’histoire religieuse ou de la polémique. Là aussi, il paiera le prix de sa libre parole, n’étant pas considéré comme théologien par les autorités protestantes, qui lui refusent ce label car il n’est pas pasteur. Comme quoi le cléricalisme, chassé par la porte peut revenir par la fenêtre ! Mais la grande originalité de cet aspect de son œuvre est sa position très proche des anarchistes sur de nombreux points, ce qui lui donne une lecture du monde très proche de celle d’Elisée Reclus, en particulier sur le caractère nocif de l’Etat.

Ainsi, tant Reclus qu’Ellul auront cheminé sur deux chemins en même temps ; ce sont deux chemins de liberté, qu’ils ont arpentés par leurs propres moyens, faisant bon usage d’une très solide formation initiale. Leur double vision du monde, et leur sensibilité commune dans l’approche politique se traduit plus concrètement par un engagement et des bases théoriques intéressants à confronter.

Outils et concepts

Un point commun majeur à ces deux penseurs est la prise en compte centrale de l’ individu. Le monde et la société ne peuvent, pour eux, se penser et s’agir en dehors de l’individualisme. De sa jeunesse, Elisée Reclus a sans nul doute conservé ce principe d’égalité totale que le calvinisme prêche, dans sa version la plus fidèle à l’original. Un homme égale une âme, quelle que soit sa couleur, sa religion ou sa classe sociale. Par rapport au christianisme, Reclus ajoute la dimension féministe, qu’il soutiendra toute sa vie. Mais nous mesurons, par sa biographie, à quel point il s’agit d’un combat familial, tant le clan Reclus, Faure, Kergomard agit de manière unitaire en la matière. L’idéal anarchiste vient rendre évidente cette égalité des deux sexes. Toute la vie d’Elisée Reclus montre qu’il n’a jamais fait de distinction selon le sexe, ne prenant en compte que la valeur humaine et/ou intellectuelle de ses relations. L’individu est le centre de son approche sociétale. C’est d’ailleurs au nom de cet individualisme sacralisé qu’il refuse le jeu électoral : l’individu ne saurait abandonner sa propre souveraineté à qui que ce soit. Toute élection est un abandon de soi-même. Bien sûr, Reclus sait très bien la part d’utopie qui se trouve dans ce raisonnement, mais il contourne l’obstacle par le mutuellisme et le fédéralisme, en y ajoutant le mandat impératif. Sa conception individualiste et globale, touchant aussi bien l’éducation que la politique ou le travail. Jacques Ellul est strictement dans la même lignée sur ce point « Lorsque l’homme se résigne à ne plus être la mesure de son monde, il se dépossède de toute mesure » . Il aura d’ailleurs la même position anti-électorale que Reclus, mais après avoir eu une petite expérience propre à Bordeaux à la fin de la guerre, où il se retrouve maire-adjoint et démissionne très vite, mesurant le danger de ce pouvoir et ses limites par rapport à ses idées. Cependant, si les positions sont communes, les motifs peuvent être différents. Reclus est dans la lignée socialiste, d’un homme libéré des fardeaux de la religion, dont tout le destin s’accomplit durant sa vie et qu’il doit au mieux contrôler. Ellul est dans la tradition réformée ou chrétienne au sens le plus théologique. L’homme est à considérer individuellement car le salut (donc ce qui concerne la possibilité d’une vie éternelle post-mortem) est individuel. L’homme fait le choix tout seul face à Dieu, et il n’y a aucun intermédiaire valide. On trouve donc en commun cette idée de la maîtrise de son destin pour l’homme . Tous les deux passeront leur vie à défendre l’individu contre son ennemi le plus perfide et le plus puissant, l’Etat. En effet, le second point commun est cette opposition totale et irréductible à la notion d’Etat. Pour Reclus, elle découle nettement des bases de l’anarchisme, qu’il soit proudhonien ou bakouninien. L’Etat est l’ennemi de l’individu, celui qui le bride, le punit, l’exploite, en échange de biens maigres compensations. Le caractère autoritaire ou démocratique de l’Etat n’est qu’une variante sans grande importance quant au fond de l’affaire. Et peu importe que l’Etat émane de la Révolution, il ne peut être meilleur pour autant. On sait la lutte sévère qui opposa les anarchiste russes aux bolcheviks après la révolution d’Octobre, et comment les seconds éliminèrent impitoyablement les premiers ; mais aussi comment l’histoire donna raison aux seconds par le caractère totalitaire de l’Etat soviétique, négation de l’individu, et qui n’aboutit jamais à la liberté et à l’égalité réelles des hommes. Sur ce point, Jacques Ellul est totalement d‘accord avec les anarchistes et pense la société possible dans le cadre non-étatique. Ce qu’il avait déjà fait très jeune lorsque, avec Bernard Charbonneau, ils publiaient des « directives pour un manifeste personnaliste » en 1935 . Aucun Etat ne trouve grâce à ses yeux ; il évoque d’ailleurs à son propos l’idée de « péché social… parce que l’homme renonce à ce qui le rend différent de ses voisins … pour s’assimiler à eux et devenir un jeton interchangeable qui accomplit des gestes identiques, lit les mêmes mots, pense les mêmes pensées. C’est le refus de vivre » . La vie n’est donc que dans l’individu et hors de l’Etat. Or Reclus meurt en 1905 alors qu’Ellul naît en 1912 ! On voit donc qu’il y a là deux chemins distincts qui aboutissent au même diagnostic. Le progrès scientifique et technique ne change rien à la nature intrinsèque de l’Etat. Jacques Ellul, comme Elisée Reclus ne professent pas une simple « opinion », mais s’appuient sur des œuvre de spécialistes, que ce soit la « Géographie Universelle » ou « l’Homme et la Terre » pour Reclus, ou « l’Histoire des institutions » pour Ellul. Le troisième point conceptuel qui me paraît majeur à évoquer ici est l’absence de dogmatisme des deux pensées. Ni l’un ni l’autre ne sont des hommes de systèmes et n’en ont construit. Mieux, toute leur action s’en défie. Face au dogmatisme politique, tous deux ont fait le choix du chemin étroit des minoritaires, de ceux qui pensent dans le cadre du non-état. Mais ils ne mettent pas à la place un autre système, ils n’érigent pas le solidarisme, le mutuellisme ou le fédéralisme en solution de remplacement. Toute pratique qui permet à l’homme d’être lui-même et de collaborer avec autrui à égalité est bonne, toute pratique qui crée des pouvoirs et des détenteurs privilégiés de ce pouvoir est mauvaise. En dehors de ces mesures, il appartient aux homme d’inventer leurs solutions. Bien évidemment, les deux penseurs ne sont pas dupes de la difficulté du projet, voire de son caractère utopique, mais ils ne transigent pas avec. Et pourtant tous deux sont des citoyens assez modèles de leurs sociétés respectives : ils ont un revenu honorable dans ses sources, paient leurs impôts, respectent les lois (tant qu’elles sont compatibles avec leurs consciences) et ne sont pas des ermites ou des exclus. Ce comportement me fait songer à cette définition proverbiale du protestant qui serait « un anarchiste qui traverse dans les clous » ! Et pourtant, dans les deux cas, quel refus total de la société où ils vivent ! Quelle vision du monde anime nos deux penseurs ? Je dirais qu’elle est en grande partie le fruit de leur foi. Elisée Reclus a converti son existence à l’athéisme et au matérialisme (au sens le plus noble). Il a évacué ce Dieu qu’il avait reçu en héritage, mais dont il n’a jamais éprouvé la réalité de l’être. Son choix l’amène presque obligatoirement à croire en l’homme, sinon, il n’a plus aucun espoir. Or, ce que nous savons de lui est qu’il est un homme gai, d’agréable compagnie et toujours porteur d’espérance, d’utopie. Il se refusa souvent à se séparer de relations ambigües, malgré les conseils de ses proches, mettant en avant ce que la personne pouvait avoir de bon. Reclus est un indécrottable optimiste. Demain sera toujours meilleur qu’aujourd’hui. Ceci est vrai pour son cas personnel : emprisonné après la Commune, il passe son temps à remonter le moral aux siens et à ses camarades d’infortune. Mais c’est surtout vrai pour son espérance révolutionnaire. Il interprète tout de la manière la plus positive et pour lui, le verre sera toujours à moitié plein ! Ainsi le fait que « La Révolte » comporte deux abonnés en Algérie (dont un est son gendre !) lui permet de dire que les élites de ce pays sont en marche vers le progrès politique ! Ses écrits, alors même qu’ils constatent la plus grande misère, laissent toujours la porte ouverte à la progression de l’humanité vers un horizon positif : c’est vrai quand il parle des hommes primitifs au début du volume 1 de « L’Homme et la Terre », mais aussi dans le dernier volume lorsqu’il constate l’état contemporain du capitalisme rural ou industriel. Reclus croit en la révolution comme Ellul en Dieu, de manière absolue. Comme le chrétien, il connaît les zones d’ombres, les irrationalités de sa foi. Mais elle est consubstantielle à son existence. A l’inverse, Ellul tire de sa croyance en Dieu une vision essentiellement pessimiste de l’humanité. On pourra y lire la conséquence du péché originel, mais encore faudra-t-il s’entendre sur cette expression. Pour Ellul,le péché originel n’est pas celui qui est génétiquement transmis aux successeurs, mais un état de rébellion contre le créateur. A la base du malheur humain est la désobéissance. Cela devrait logiquement amener à une attitude de soumission et de partisan de l’ordre et des dogmes ramenant l’humain errant à son statut premier. Il n’en est rien . Ellul considère que le choix de rétablir le contact avec Dieu est une responsabilité individuelle, le corollaire de la liberté, qualité primordialie de l’être humain. Cependant, sa lecture et son étude attentive de la Bible le conduisent à un pessimisme assez total. Or, nous l’avons dit, Ellul est profondément libertaire ; il porte donc également en lui l’idéal révolutionnaire et l’espoir d’une société idéale, juste, libre et égale. Mais il doit composer en lui-même avec le pessimise du théologien. Ce qui l’amène à être militant et raisonnablement optimiste, c’est à dire par un gros effort de la raison. Il sait l’issue de la lutte (le jugement final de l’humanité), mais il dit que la grandeur et la responsabilité de l’homme est de livrer le combat de toutes ses forces avec ses frères humains pour que ce futur n’advienne pas et que les hommes fassent changer le cours de l’Histoire, obligeant ainsi Dieu à revoir son dessein. Il n’empêche que celui qui ne comprend pas de l’intérieur cette pensée en opposition interne constante (je n’ose dire cette schizophrénie intrinsèque) ne peut en mesurer le poids et l’originalité. Ainsi tous deux se rejoignent dans la nécessité de l’engagement comme seul moteur de l’avenir et seule exigence d’une vie assumée.

Engagement, action et réseaux

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Tous deux sont des militants impénitents. Ils ne conçoivent pas leur existence sans ce combat pour leur foi, sans la mise en œuvre de ce qu’ils savent faire de meilleur, sans l’attention aux camarades qui partagent le même idéal, sans une passion pour les faibles, les exclus, les « perdus » de ce monde. Ceci se fait à travers un tissu social et humain que l’on se plait aujourd’hui à qualifier de réseau, pour en établir la modernité. Mais il ne s’agit que de la sociabilité en action, donc rien de moderne, mais au contraire l’éternel humain. Parler d’Elisée Reclus, c’est parler, de naissance, d’un vrai réseau familial qui jouera un rôle essentiel dans la vie de l’illustre géographe anarchiste. La biographie d’Hélène Sarrazin est toute entière écrite sous l’angle de cette galaxie familiale où l’on peut se perdre tant elle est ramifiée et liée à d’autres galaxies proches par les mariages et les amitiés : « …tout un réseau d’amitiés et de parentés se tisse qui va prendre l’histoire au piège » . Ce que nous pouvons retenir est la solidarité sans faille des frères et sœurs, des neveux et cousins, à l’exception d’Armand, qui est « celui qui a mal tourné », et dont nous n’avons pas la preuve qu’il ait été très assidu auprès de ses frères, Elie et Elisée en particulier. Les sœurs Reclus ont ainsi joué un rôle important dans la vie littéraire d’Elie ou Elisée. Peut-on attribuer cette solidarité au calvinisme originel ? Sans nul doute pas pour la totalité du comportement, le sentiment familial étant un fait culturel très répandu et vital dans bien des sociétés. Mais le protestantisme français, par son statut minoritaire de religion persécutée a renforcé les solidarités familiales et confessionnelles. La doctrine calviniste de la prédestination a aussi pesé dans ces comportements. Et là, nous retrouvons un fait éducatif qui a marqué Elisée au-delà de l’enfance et de la religion paternelle. Si la famille est le premier cercle, particulièrement intéressant et solide (surtout lors de la période d’emprisonnement d’Elisée), il est loin d’être le seul. Paradoxalement, on sait peu de choses sur les relations de Reclus avec ses collègues géographes. Il appartient assez tôt à la Société de géographie, mais il n’est pas professeur et on peut légitimement penser qu’il n’est pas dans le réseau des géographes institutionnels. Il est cependant reconnu comme tel au-delà des frontières nationales, comme le prouvent la pétition déjà évoquée plus haut et l’estime de Charles Darwin, par exemple. C’est qu’Elisée Reclus est un « étonnant géographe », un drôle de pèlerin qui marche la Terre pour la connaître, écrit des guides touristiques aussi bien que des ouvrages de géographie fondamentale (comme son livre de géographie physique « La Terre »). Il est assez célèbre pour être convié à Bruxelles par l’Université Libre à devenir un de ses professeurs. La géographie est sans nul doute une façon pour lui de voir le monde et elle est inséparable de sa vie. Il aurait été ébéniste qu’il eût quand même fait de la géographie en permanence. Sa « passion du monde » est devenue son métier et non l’inverse. Le troisième cercle est celui de la politique. Là les témoignages et preuves de l’engagement sont multiples et variées. Il y a d’abord un engagement révolutionnaire primitif qui se manifeste en 1848 et 1851, en résistance au coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte. Le déclic est là, mais il serait fallacieux de voir en Reclus un révolutionnaire de métier. Rien à voir avec Bakounine qui ne rêvait que de tentative de subversion et en a payé le prix fort. Sur ce terrain, Reclus ne l’a pas suivi. Par contre l’engagement au service de la cause socialiste est manifesté concrètement. Notre propos n’est pas ici d’être exhaustif et il suffit de rappeler quelques temps forts. La fondation du « Crédit au travail » en 1862, si elle est l’œuvre d’Elie, engage aussi Elisée, puisque les deux couples vivent ensemble et partagent tout. Ce beau projet est une mise en action des utopies saint-simoniennes ou proudhoniennes. L’aventure tournera court mais elle marquera l’histoire ouvrière. La participation des frères Reclus à la Commune de Paris est également un engagement. Il n’est pas du tout certain que ce soit un choix prémédité. L’occasion est survenue, et ils l’ont saisie. Elie se retrouve propulsé à la Bibliothèque Nationale, Elisée est, comme ses deux frères Elie et Paul, garde fédéré. Il sera capturé sans combattre dès le début de la Commune. On sait la suite. Ce qui est important dans cette suite, c’est la solidarité sans faille d’Elisée avec les autres détenus, son refus d’un traitement de faveur, qui ira juqu’à refuser de rentrer en France, alors même qu’il sera amnistié, tant que l’amnistie ne sera pas générale. Et pourtant tout laisse à penser que les frères Reclus étaient plus que sceptiques sur la façon dont la Commune s’organisait ! Engagement encore que celui de l’auteur anarchiste ou du conférencier, assurant l’intérim directionnel quand les camarades ne pouvaient plus sortir « Le révolté », portant la parole militante partout où on voulait l’entendre, s’occupant de l’édition des œuvres de Bakounine… Il n’est pas jusqu’à la dernière des œuvres de reclus qui ne soit une proclamation militante : qui lit attentivement « l’Homme et la Terre » comprend que ce livre-là est celui de la réconciliation totale du géographe et de l’anarchiste, mais aussi le grand œuvre d’un véritable érudit. Engagement qui nous engage aujourd’hui encore, si nous voulons faire une géographie incarnée. On pourrait trouver qu’à côté de la vie aventureuse et romanesque d’Elisée Reclus, celle de Jacques Ellul est bien plate. Cela relève en grande partie d’une illusion d’optique. Les temps sont autres et l’engagement est différent, sauf à verser dans l’activisme terroriste des années 1970. Ellul engage sa vie par rapport à sa foi chrétienne. Mais dès le départ il refuse les barrières, les limites et explore. Ce sera d’abord l’adhésion intellectuelle au personnalisme de Mounier et la création des groupes « Esprit » en province. En Aquitaine, Ellul, avec son ami Charbonneau (autre homme libre, penseur et auteur très méconnu encore à ce jour), milite pour recruter et fait une intense propagande par l’écrit autour d’un projet de société nouvelle qui ressemble beaucoup à une structure fédérale à la Proudhon : « A travers les chroniques publiées par Esprit, et les bulletins internes des personnalistes bordelais, on peut mesurer la dimension fédéraliste, écologiste et libertaire de leur engagement » écrit Patrick Troude-Chastenet . La révocation durant l’été 1940 du jeune professeur de droit de Strasbourg (qui refuse de prêter allégeance à Pétain) ouvre la page suivante, celle de la résistance, en Gironde, où il se cache dans une ferme et survit tant bien que mal tout en étant intégré à un réseau. A la libération il est propulsé maire-adjoint de Bordeaux et comprend très vite qu’il fait fausse route, démissionne et jure qu’on ne l’y reprendra plus ! Débute alors la troisième période de sa vie, la plus longue et la plus féconde. Dès la fin de la guerre il commence à écrire sur la technique et publiera trois livres décisifs sur ce thème, écrivant de très nombreux articles et billets sur ce sujet où il devient une référence en la matière . Son second thème de réflexion est la politique. Il consacre de nombreuses études au thème de la Révolution , surtout après 1968, qui a été un moment d’observation important pour lui. La propagande sera aussi un de ses thèmes de prédilection. Enfin le troisième versant de l’œuvre est théologique au sens le plus vaste du terme, balayant les thèmes les plus variés, avec une rigueur de spécialiste, mais sans en être un et en s’adressant au public le plus large possible (pour de tels sujets). L’ouvrage le plus symbolique de cette pensée complexe et foisonnante est « Anarchie et christianisme » où il dresse un état des lieux d’une grande clarté des convergences et de leurs limites entre pensée chrétienne (et non catholique, protestante, orthodoxe…) et pensée libertaire. Cela reste le meilleur livre à ce jour sur ce sujet. Car Ellul est toujours là où on ne l’attend pas, étant libre de toute entrave institutionnelle. Il doit à Bernard Charbonneau sa découverte de l’importance de l’écologie (avant qu’elle ne prenne ce nom dans le champ politique contemporain). Il n’hésite pas à combattre aux côtés des anarchistes, dont il se revendique clairement, mais avec les limites évoquées ci-dessus. Il se lance, avec un éducateur, Yves Charrier, dans un travail auprès des jeunes en difficulté, au tournant des années 60-70, faisant de la « réinsertion » avant que le concept n’existe. Et surtout, un peu comme pour les Reclus, sa maison est un lieu de rencontre, de pensée, de débats. Chaque semaine, pendant des années, il a animé un groupe de discussion où il évoquait des thèmes concrets sous l’éclairage biblique, avec une liberté de parole et d’intervention assez unique. Des centaines d’étudiants et de personnes diverses sont passés dans ces groupes et en ont été marqués à jamais, au plan éthique et personnel. Finalement, si l’on veut synthétiser sur l’action et l’engagement d’Elisée Reclus et de Jacques Ellul et voir ce qu’ils ont de commun et de spécifique, nous pourrions dire que, pour les deux, c’est d’abord par leurs talents d’écrivains et de penseurs qu’ils ont agi. Leurs actions ne sont pas négligeables, elles prouvent avant tout leur désir d’en découdre avec le monde réel. Mais elles n’ont rien d’exceptionnelles. Par contre leurs oeuvres et leur façon de les diffuser par la parole ont marqué leur temps, et même au-delà, l’histoire. L’un et l’autre ont été des « empêcheurs de penser en rond », mais leurs positions respectives sont très nettes, marquées par une ligne de partage infranchissable : l’existence de Dieu. Au delà de ces points communs et divergences, que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de ces deux grands esprits ? Peuvent-ils nous aider à penser librement dans un monde de plus en plus corseté par la pensée unique et le politiquement correct ?

L’héritage et les héritiers putatifs

L’héritage transmis est d’abord un corpus d’ouvrages, les deux penseurs ayant été des écrivains infatigables au service de leurs idées. Cette oeuvre de deux décennies qu’est la « Géographie Universelle » en 19 volumes est avant tout aujourd’hui un jalon pour la méthode et une borne sur le chemin du savoir. Elle nous apprend qu’un homme déterminé peut accomplir une tâche prométhéenne. Il convient cependant de rappeler que dans cette tâche, Elisée Reclus a bénéficié de collaborateurs efficaces, parmi lesquels Pierre Kropotkine fut sans doute le plus notable. Le prince anarchiste a en effet beaucoup informé son ami Reclus et l’a aidé à débrousailler l’information. « L’Homme et la Terre », avec ses 3500 pages et ses centaines de cartes et croquis, écrit durant les dix dernières années de vie du géographe, ajoute à cette immensité de travail la force d’une synthèse engagée. Et là, Elisée Reclus nous confie un héritage empoisonné. Doublement. D’une part, parce qu’il est répété inlassablement aujourd’hui qu’ « avec la complexité du monde, la multiplication des savoirs, le flux des informations… » il est impossible de faire une œuvre de cette envergure. La preuve : la dernière géographie universelle française est un collage de collaborations assez inégales, qui ont mis une dizaine d’année à produire un corpus trois fois moins riche que celui d’Elisée Reclus . Mais le paradoxe est peut-être qu’il ne faut pas être enseignant-chercheur pour réaliser un tel exploit ! Je crois personnellement tout à fait réalisable aujourd’hui des sommes intellectuelles comparables, à condition d’y consacrer une énergie totale. Reclus doit rester comme un phare qui montre la voie, nous ne devons pas laisser s’éteindre la flamme ; la complexité du monde, réelle au demeurant, ne doit pas être une excuse pour refuser le combat intellectuel. De son côté, l’œuvre livresque de Jacques Ellul est un encouragement à penser dans des champs d’investigation non homologués par nos formations ou diplômes. S’il avait fallu un diplôme d’ingénieur pour avoir le droit d’écrire sur la technique, les meilleurs ouvrages à ce sujet ne nous auraient pas été donnés . De même en ce qui concerne la pensée théologique, herméneutique ou exégétique qui fait la matière de son travail d’auteur chrétien. De ceci nous pouvons tirer un enseignement précieux en ces temps d’hyper-spécialisation. Une fois acquis un niveau élevé de formation, qu’il soit universitaire, professionnel ou autre, tout individu intelligent est apte, par un travail méthodique et soutenu, à étudier et discuter de tout problème de société ou de savoir et à contribuer aux débats qui l’entourent. Là encore, la société capitaliste et technicienne a segmenté les connaissances de telle manière qu’elle a castré les possibilités d’analyse par les non-initiés, donnant de facto le pouvoir aux techniciens et aux spécialistes. Ellul nous apprend qu’ils ne sont pas les mieux placés pour avoir le recul nécessaire face à leur pouvoir exorbitant. Ainsi donc le premier héritage de ces deux penseurs est un droit (qui se gagne par le labeur et la connaissance) à se mêler de ce qui nous regarde et à tenter de vastes synthèses qui, seules, permettent de faire des choix intelligents et durables. Quelques héritages concrets nous ont aussi été transmis par Reclus et Ellul. En premier lieu, l’espérance à construire une cité et une société plus juste, plus égalitaire et au service de l’humanité. Il ne faut ni désespérer l’humanité, ni désespérer d’elle. C’est ce que dit cette grande chanson de geste qu’est « l’Homme et la Terre », véritable testament du géographe anarchiste, qu’il faut savoir lire ainsi. Au fil des âges et des pages, Elisée Reclus nous raconte le lent cheminement de l’homme, montre les erreurs de choix, les prodiges, les impasses… Ellul ne fait rien d’autre, mais son chant est celui de la Cité de Dieu, qu’il faut commencer à construire sur cette terre-là qui est notre bien commun. Que ce soit par ses pénétrantes analyses sur la technique, par ses réflexions sur la nécessité d’une révolution (intérieure et personnelle d’abord pour devenir globale ensuite) ou par ses commentaires bibliques souvent d’une grande perspicacité et toujours pratiques, Jacques Ellul apporte des matériaux à cette société de justice, d’équité et de partage, dont il avait clairement identifié très tôt que les anarchistes sont les plus purs défenseurs. Vivre avec la pensée d’Ellul et Reclus, c’est ne pas s’accomoder des compromis boiteux que notre société érige en systèmes, c’est promouvoir l’utopie pour qu’elle devienne la réalité de demain, c’est accepter de ne pas bêler avec le troupeau des moutons qu’on mène à la tonte. Le second héritage est une attitude face à la violence. Elisée Reclus a dû se positionner face aux attentats anarchistes de la fin du XIXème siècle. Il a dû débattre avec Bakounine de la stratégie violente. Il n’a jamais agi violemment lui-même, que ce soit lors de la Commune ou à tout autre moment. Il n’a jamais approuvé les attentats de ses camarades libertaires, même s’il disait en comprendre la motivation . De ce point de vue-là, il est plus proche de Tolstoï que de Bakounine. Sans doute y-a-t-il encore là un petit leg protestant. Ce point de vue, Ellul l’a théorisé. Il ne parle pas de « non-violence », mais de « non-puissance », mélangeant ainsi enseignement du Christ, de Gandhi, attitude de Martin Luther King et action de H.D Thoreau. « Par conviction spirituelle, je ne suis pas seulement non violent mais je suis pour la non-puissance. Ce n’est sûrement pas une technique efficace. (...) Mais c’est ici qu’intervient pour moi la foi. (...) On ne peut pas créer une société juste avec des moyens injustes. On ne peut pas créer une société libre avec des moyens d’esclaves. C’est pour moi le centre de ma pensée. » Quoiqu’il en soit, l’un comme l’autre de nos penseurs récuse la violence comme moyen d’action. Chemin étroit, souvent critiqué et raillé par les activistes de tout poil, tant il est vrai qu’il est tellement plus aisé de se laisser aller aux pulsions primaires. Il nous faudrait encore mentionner le refus des dogmatismes, la condamnation du compromis social ou politique, l’escroquerie électorale… Il faut redire, encore un fois, que Reclus a abandonné totalement la foi et l’idée même de Dieu très jeune (durant son séjour dans le sud des Etats-Unis formellement), ce que son œuvre manifeste clairement. Il est un matérialiste mystique. Ellul, à l’inverse, pose l’existence de Dieu et de sa foi comme pierre angulaire de son oeuvre y compris celle sur la technique qui s‘avère pessimiste et anti-prométhéenne. Je ne crois pas d’ailleurs possible une lecture étanche des deux versants de l’œuvre, comme certains veulent la mener.

Au moment de clôre cette rapide analyse comparative de deux penseurs qu’a-priori tout semble séparer, il faut admettre que les points communs aux deux démarches sont nombreux, même si la transcendance les sépare. Ils nous laissent à tous à la fois des œuvres solides sur lesquelles prendre encore et encore appui et un agir cohérent de fidélité à un idéal qui met le progrès technique, le travail et la société au service de l’homme et de la terre qui l’abrite. Il y a urgence à s’en souvenir et à s’en servir.

10 juillet 2005 –Jean-Michel DAURIAC (revu été 2011) Professeur de chaire supérieure de géographie Classes préparatoires aux Grandes Ecoles Lycées Camille Jullian et Michel Montaigne Bordeaux

Bibliographie indicative

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Vie de Reclus :

· Hélène Sarrazin - Elisée Reclus ou la passion du monde – éditions du sextant – Paris – 2004 · Joël Cornuault - Elisée Reclus, étonnant géographe – éditions Pierre Fanlac – Périgueux – 2003 Oeuvres d’Elisée Reclus : · L’Homme et la Terre – extraits présentés et introduits par Béatrice Giblin – La Découverte poche – Paris - 2005- · L’Homme et la Terre - Corpus des oeuvres de philosophie en langue française – Fayard – Paris – 1990 (deux volumes) · L’Homme et la Terre – édition complète en 6 volumes – Librairie universelle – Paris – 1905 – n’a jamais été réédité dans son intégralité, mais se trouve en collection complète chez les bouquinistes et sur internet. · Géographie Universelle – 19 volumes – Hachette – dans les bibliothèques ou par collection complète ou tomes au détail chez les bouquinistes ou sur internet. · L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique- Stock plus – Paris –1979 · Ecrits anarchistes divers mis en ligne sur internet, essentiellement par des sites universitaires ou anarchistes · Une bibliographie exhausive sur ce site : http://melior.univ-montp3.fr/ra_forum/reclus/oeuvres/francais_oeuvres.html · http://melior.univ-montp3.fr/ra_forum/reclus/oeuvres/francais_etudes.html

Sur Jacques Ellul :

· (avec) Patrick Troude-Chastenet - Entretiens avec Jacques Ellul,– La Table Ronde – Paris 1994 · Patrick Troude-Chastenet (direction) – Sur Jacques Ellul –L’esprit du Temps – 1994 · Jean-Louis Porquet – Jacques Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu –Le cherche-midi – Paris – 2003 Œuvres choisies de Jacques Ellul : · La technique ou l’enjeu du siècle – Economica – Paris – réédition 1990 · La société technicienne – Le cherche-midi – Paris - réédition de 2004 · Le bluff technologique - Hachette pluriel – Paris – réédition de 2004 · Propagande – Economica – Paris - réédition de 1990 · Histoire des institutions – PUF collection Thémis – Paris - réédition quadrige 1999 (4 volumes) · Sans feu ni lieu. Signification biblique de la grande ville – La Table Ronde collection petite vermillon – Paris – réédition de 2003 · La subversion du christianisme – La Table Ronde collection petite vermillon – Paris – réédition de 2001 · Anarchie et christianisme - La Table Ronde collection petite vermillon – Paris – réédition de 1998 · Site sur Jacques Ellul : http://www.ellul.org/




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